CRITIQUES de FILMS

 

A quoi sert une médaille quand tout le monde est mort ?

 

FRERES DE SANG (TAE GUK GI)
Réalisatrice (et scénario): Kang Je-Gyu
Acteurs : Jang DongGun, Won Bin, Lee Eun-Joo...
Sortie le 11 mai 2005

Le film commence de nos jours sur un chantier de fouilles où on met à jour des restes de la guerre de Corée. Puis, on bascule en juin 1950 quand la Corée du Sud est envahie par la Corée du Nord. On va suivre le parcours de deux frères. L'ainé Jin-Tae modeste cireur de chaussure contribue à économiser pour que le cadet Jin-Suk puisse rentrer à l'Université. Le temps d'un adieu déchirant à la famille lors de l'enrôlement forcé dans l'armée, et c'est le bourbier la guerre. Pour obtenir la libération du fragile Jin-Suk, l'ainé Jin-Tae se porte volontaire pour les opérations les plus dangereuses. Ne comprenant pas cette folie suicidaire, le cadet Jin-Suk commence par détester son frère...

Quelques repères historiques d'abord. Depuis 1910 le Japon a annexé la Corée, dans les années 30 la langue coréenne est interdite d'enseignement au profit du japonais, puis dans les années 40 ce sont même les journeaux en coréens qui sont interdits. En 1945 le Japon est dans le camp des vaincus après la seconde guerre mondiale, et finallement en 1948 la Corée est divisée en deux: la Corée du Nord est communiste et la Corée du Sud est capitaliste. Entre 1950 et 1953 le Nord et le Sud se font la guerre (avec des renforts chinois et américains). Depuis, la Corée n'est toujours pas réunifiée...

FRERES DE SANG est une grande fresque épique de 2 heures 27 pleine de fureur sanglante et de sentiments exacerbés. La guerre de Corée réalisée par un Coréen virtuose: Kang Je-Gyu. Force est de reconnaître qu'il s'agit là en fait d'un des plus grands films de guerre.
Kang Je-Gyu était déjà le réalisateur de SHIRI, le polar qui réveilla la Corée et qui précèda l'intérêt de l'Occident pour le cinéma coréen (qui allait remplacer les films de Hong-Kong). Déjà dans SHIRI on voyait des terroristes de Corée du Nord qui voulait faire exploser un stade (avec un explosif liquide indétectable et surpuissant) pendant un match de foot auquel assistaient les présidents des deux Corées. SHIRI avait établi un succès reccord en Corée (faisant mieux que Titanic), Kang Je-Gyu disposait alors du budget qu'il voulait pour son film suivant. Plutôt que de faire dans la surenchère dans le genre polar survolté, il s'est donc tourné vers le film historique de guerre avec ce TAE GUK KI (qui désigne en fait le drapeau de la Corée du Sud) traduit pour l'international par BLOOD BROTHERS, et par FRERES DE SANG en français. Budget record pour un film coréen, plus d'un an de préparation pour une reconstitution historique, 25 000 figurants, des milliers d'accesoires et d'armes, 140 jours de tournage, une attention particulières aux effets spéciaux... Le résultat est à l'écran, avec une bonne dose de mélodrame.

La référence en film de guerre récent qui prétend retracer avec le plus d'exactitude des faits réels est évidement IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN (SAVING PRIVATE RYAN) de Steven Spielberg, avec notament sa vision impressionante du Débarquement américain en Normandie. Rapidement dans le film FRERES DE SANG est montré un bombardement qui veut renvoyer le Soldat Ryan dans sa ferme: Kang Je-Gyu a voulu mieux faire que Spielberg, et il y est parvenu. Dans le genre images-choc ça s'étrippe à la baïllonette et on a droit à une opération à vif. On verra des exécutions sommaires de civils soupçonnés de sympathie politique avec l'ennemi, et aussi des prisonniers brûlés vifs. L'histoire de Steven Spielberg et son sens de la mise-en-scène fait du soldat Ryan un grand film. Cependant, il montrait un héroïsme patriotique envers les Etats-Unis un peu trop appuyé (notament avec le drapeau américain flottant au vent qui ouvrait et fermait le film sur la tombe d'un soldat-héros...). Kang Je-Gyu montre lui plutôt un héroïsme fou et désespéré dicté par le coeur de l'Homme, il montre l'absurdité de coréens plongés dans une guerre absurde contre d'autres coréens. Sans vouloir avantager un camp plutôt qu'un autre (bien que le film porte le nom du drapeau du sud).

Jin-Tae le frère aîné qui devient fou de guerre est interprèté par Jang DongGun, qui apparaissait dans le piètre NOWHERE TO HIDE. Il fût ensuite le héros de deux films qui parlaient déjà de souffrances liées à la guerre de Corée: 2009 LOST MEMORIES de Lee Si-Myung (où la Corée était encore en 2009 sous domination japonaise comme si l'Histoire avait été modifiée...) et THE COAST GUARD de Kim Ki-Duk (où un militaire garde-frontière tue par accident un civil...). Jin-Suk est joué par une autre star en devenir Won Bin, dont le premier film était GUNS AND TALKS.

Tofy

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