CRITIQUES de FILMS

 

Impressions Cannoises...

LAST DAYS
Réalisateur: Gus Van Sant

Michael Pitt au Nirvana.

Dans LAST DAYS de Gus Van Sant, les personnages portent les prénoms de leurs acteurs. Luke est joué par Lukas Haas, Scott est joué par Scott Green et Asia est jouée par Asia Argento. Cette dernière apparaît en fait peu, à peine deux scènes. En la reconnaissant, elle implique déjà un contexte un peu hype et décalé. Kim Gordon du groupe Sonic Youth (dont Thurston Moore participe à la musique du film) fait aussi l'actrice le temps d'une scène, on est bien dans le rock'n roll. Le générique de fin de LAST DAYS est dédié à la mémoire Kurt Cobain (1967-1994), indique aussi qu'il s'inspire juste de sa vie mais qu'il s'agit avant tout d'une fiction. Tout dans le film est troublant car on y voit une fiction qui n'est pas la réalité mais énormément de chose que l'on connaît bien du chanteur y sont.

Ainsi l'acteur Michael Pitt est un musicien qui s'appelle Blake. Dans le film il a pourtant le même look que Kurt Cobain : tshirt informe, cheveux blonds dans la figure, et même les lunettes en plastique. Le mimétisme est incroyable avec la rock-star décédée. Mais ce n'est pas Kurt, c'est Blacke. Il n'y a aucun des autres musiciens de Nirvana ni d'ailleurs aucune des chansons du groupe. Il n'y a pas non plus de Courtney Love, même si elle est évoquée avec une voix au téléphone et dans certains dialogues. Blacke écrit de la main gauche (Kurt était gaucher) mais il gratte sa guitare de la main droite. Encore une chose de bien réel diluée dans cette fiction.

Le début du film est à la fois un peu aride et très naturaliste. Blacke déambule seul dans la forêt. Il arrive près d'un cours d'eau, il se déshabille et plonge. Il nage près d'une cascade, puis il sort de l'eau et ramasse des vêtements et s'en va. Pour un peu, il serait presque déjà au paradis. Pas de voix (il chuchote pour lui à peine quelques mots), et pas de musique à part les bruits du vent et de l'eau. LAST DAYS semble débuter comme THE BROWN BUNNY de Vincent Gallo (très bon film d'ailleurs), avec des séquences qui se suivent sans beaucoup d'intérêt. Mais l'impression se dissipe très vite et Gus Van Sant une fois de plus fait montre de son talent de metteur en scène.

A Cannes, beaucoup veulent voir LAST DAYS parce que c'est le nouveau film de Gus Van Sant, et pas parce qu'il raconte les derniers jours imaginés de Kurt Cobain. Le réalisateur avait reçu la Palme d'Or pour Elephant, et son retour en compétition est très remarqué. Dans le montage (qu'il a assuré) de LAST DAYS il reprend en partie le dispositif de son précédent film. C'est-à-dire l'on voit une scène, et un peu plus tard on voit ce qui s'est passé avant d'un autre point de vue.

On apprendra que Blacke est sorti d'un hôpital où il était soigné pour désintoxication. Blacke traîne dans une vieille bâtisse en pierre avec des potes. Un mec lui a procuré un fusil. Il se prépare des macaronis au fromage. Il écoute au téléphone sans répondre quelqu'un qui lui parle d'une tournée de 86 jours de concerts. Il se planque quand des gens viennent sonner à la porte. Il se met à la guitare ou à la batterie et joue de la musique. Pendant tout ce temps les potes tournent autour de lui et d'autres personnes passent. Pour ce qui est de la réalité, Kurt Cobain avait déjà fait une dizaine de jours avant une overdose de drogue, mais en avait réchappé. Kurt ne mettait probablement pas de robe chez lui, et à Seattle il n'avait pas toute cette verdure.

Un des meilleur moment du film où Michael Pitt, dans son rôle de Blacke est très proche de Kurt, est celui où il chante (chanson écrite par Michael Pitt lui-même). Il est seul avec sa guitare acoustique, et même les variations de sa voix sont troublantes. Dans le refrain on entend : c'est une longue route de la mort à la naissance. La décision de tout quitter est sûrement déjà prise : I hate myself and I want to die.

Tofy

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