CRITIQUES de FILMS

 

Impressions Cannoises...

L'ENFANT
Réalisateurs: Jean-Pierre et Luc Dardenne

Palme d'Or pour L'ENFANT.

Les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne viennent donc d'entrer dans le club très fermé des cinéastes ayant reçu deux fois la Palme d'Or. Le Festival de Cannes leur avait déjà fait remporter la précieuse distinction en 1999 pour Rosetta (avec un plus un Prix d'Interprétation pour Emilie Dequenne). Le jury était alors présidé par David Cronenberg, dont cette année le film A history of violence aurait bien mérité un Grand Prix. Le jury du Festival 2005 était présidé par Emir Kusturica, qui lui aussi est un des rares (avec Coppola et Imamura) à avoir eu deux fois la Palme d'Or (Papa est en voyage d'affaires en 1985, puis Underground en 1995).

Pour faire un jeu de mots avec la filmographie des frères Dardenne, L'ENFANT est Le fils de La promesse de Rosetta. On y retrouve le thème de la paternité de Le fils (et une participation de Olivier Gourmet par ailleurs Prix d'Interprétation en 2002), le personnage principal est interprété par Jérémie Renier révélé dans La promesse (1996), et on voit des jeunes à la dérive comme Rosetta (1999). Autrement dit, L'ENFANT porte clairement la signature de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Leur nouveau film s'inscrit avec cohérence dans la continuité de leur filmographie tant par ses thèmes qu'avec sa mise en scène.

Sonia à dix-huit ans vient de mettre au monde son bébé, et on l'a découvre dès le début à la porte de chez elle. Un nouveau locataire l'empêche de rentrer, c'est à peine s'il veut bien lui jeter son chargeur de gsm (le terme employé dans le film pour téléphone mobile). Le ton est donné : une fille-mère en difficulté qui est seule. Presque seule, en fait elle partage son allocation avec Bruno le père. Lui c'est une petite frappe de 20 ans qui vit au jour le jour, et qui du jour au lendemain se retrouve donc papa. Elle lui présente Jimmy leur bébé, mais il ne manifeste aucune émotion particulière. La seule chose qui compte pour lui est ses trafics quotidiens avec quelques gamins : vol de sac à main et revente de balladeur cd.
Pour Bruno et Sonia on voit tout de suite qu'il y a un problème d'argent et de confort matériel. Pas de source de revenu stable, pas de logement stable, pas de famille non plus. La seule chose qui compte pour Sonia est ce bébé qui vient de naître. Elle porte lui porte un amour maternel tout naturel. Pour Bruno l'argent n'est pas un problème, il n'économise pas. Même s'il a régulièrement les poches vides, il n'hésite pas à dépenser son maigre butin pour acheter une veste à Sonia. Bruno vit dans l'instant sans penser à demain. Quand on a plus d'argent, on en retrouve. Il suffit d'avoir un truc volé avec un peu de valeur à revendre. Tout est bon pour avoir de nouveau quelques billets en poche.
Ce bébé qui vient d'arriver peut intéresser quelqu'un, Bruno va le vendre… Si le sujet de film est là, les réalisateurs vont encore plus loin. Sonia n'était évidemment pas au courant et est choquée, il lui faut récupérer leur bébé. Bruno va essayer mais surtout pour arranger sa relation avec Sonia qui le rejette. A aucun moment il ne semble avoir de remord ni avoir conscience de ses responsabilités de père.
Jean-Pierre et Luc Dardenne avec L'ENFANT montre des jeunes livrés à eux-même et délaissés. Ils n'ont pas d'idéal ni de projet d'avenir. Ce ne sont pas des marginaux, et pourtant ils sont laissés en marge de la société. Eux essaient de s'accrocher au jour le jour à ce monde. Il faut consommer pour en faire partie, et donc avoir de l'argent. Un bébé c'est pas grave, on pourra en refaire un autre…

Les frères Dardenne ont indiqué avoir été inspirés un jour en voyant passer plusieurs fois une jeune fille avec un landau qui semblait ne pas avoir de destination. Le contexte de L'ENFANT est plutôt gris, et c'est ce qui transparaît du film. Pas vraiment de décors ni de fioriture, ils continuent à filmer des lieux chargés de vérité. L'histoire qu'ils nous montrent ne peut être alors que réelle. La caméra très mobile suit les personnages presque comme s'il s'agissait d'un reportage ou d'un documentaire. Hormis Jérémie Renier, les acteurs sont non-professionnels et tous d'un naturel juste. Sonia est jouée par la jeune Déborah François, une révélation. Cette lycéenne qui a dû quitter sa classe quelques jours pour le Festival de Cannes et retourner à l'école ensuite. L'ENFANT et l'indigence des parents provoque à la fois chez le spectateur de l'émotion et des questions. A noter que dans la scène qui clôt le film le bébé est absent, ce qui n'est pas sans significations… Le film a provoqué des débats dans le jury du Festival de Cannes, c'est maintenant la Palme d'Or 2005.

Tofy

Retour