CRITIQUES de FILMS

 

Vidocq... piteux Pitof !

Réalisateur : Pitof
Acteurs : Gérard Depardieu, Guillaume Canet, André Dussollier, Inès Sastre...
Année : 2001

Mais Pitof est-il le seul à plaindre ?

Le vrai problème qui se pose pour critiquer Vidocq est : par où commencer ? Un constat tout d’abord, ce film n’est pas pire que Le Pacte des loups, qui détient toujours la palme de la catastrophe cinématographique. À moins que l’on se soit progressivement habitué au ridicule et que plus rien ne navre.

Bref résumé de l’histoire. Un méchant alchimiste, camouflé derrière un miroir sans tain et une grande cape noire, terrorise un Paris à la veille des Trois Glorieuses et fait plein de victimes sur son passage à coups de foudres dans le chapeau. Vidocq (Gérard Depardieu) meurt dès l’ouverture du film (pour le rôle titre, pas de bol, mais en fait il n’est pas vraiment mort), et un gentil biographe officiel (Guillaume Canet) mène son enquête. Avec pour fil d’Ariane un douteux élixir d’éternelle jouvence. Est-ce parce qu’il est gentil, ou parce qu’il est biographe officiel ? Toujours est-il que les témoins, traumatisés par ce qu’ils savent du méchant, racontent au pauvre niais ce que même la police (André Dussollier) n’a pas pu découvrir. Et dès ces confessions faites, les malheureux narrateurs se font occire illico par l’invité-mystère. De là à conclure que le biographe et l’alchimiste ne font qu’un, il n’y a qu’un pas. Et, Ô ! coup de théâtre digne d’un tragédie antique, c’est pile poil ce qui arrive. Étonnant, non ? Bon. Après, il y a le duel final, et encore après l’ombre de l’alchimiste mort pour bien nous faire comprendre qu’à la place de Vidocq ressuscité, nous aurions du mouron à nous faire. Genre I’ll be back ! mais sans Freddy.

Ce résumé sans appel devrait suffire à traduire ce que l’on pense de cette superproduction labellisée qualité française. Mais l’énervement produit par ce film ne peut s’apaiser en dix lignes et exige un acharnement thérapeutique.

Comme l’histoire se veut hautement et savamment mystérieuse, la structure du récit s’emmêle immédiatement les pinceaux et compte sur les personnages pour raconter tout ce qui ne peut apparemment être montré. C’est gentil, mais on s’en fout : nous aurions aimé le découvrir différemment. Les ressorts de ce faux thriller sont donc grossièrement brossés, à grands coups de tirades dans lesquelles les comédiens s’empêtrent. En contrepoint, nous nous attardons largement dans divers salons de prostitution, ou sous le dôme des Invalides transformé pour l’occasion en autel sacrificiel de jeunes vierges. C’est le genre d’exercice avec lequel le plus obscur apprenti-scénariste se ferait recaler sans autre forme de procès.

Oubliant l’histoire, nous cherchons alors un quelconque intérêt du côté de la réalisation. Quête rapidement nauséeuse, tant il y a de gros plans vraiment très gros, de circonvolutions de caméras et d’effets en veux-tu en voilà, de bousculades et de racolages. Tous les clichés hémoglobino-érotiques sont passés au crible et méticuleusement répertoriés. Le fameux full numérique, prouesse technologique sur laquelle la production a fondé son marketing, n’en reste pas moins une image vidéo (plus la caméra bouge et plus c’est visible, et la caméra bouge tout le temps). Et surtout, surtout, je demande solennellement que l’on s’affranchisse de l’héritage de Bruce Lee et la culture manga : les héros n’ont pas besoin d’enchaîner deux mille saltos arrière ou faire des bonds de Sankukaï pour échapper à leur ennemi. Ça n’a aucun sens.

Alors oui, je sais, les modernes rétorqueront que coco, tu n’as rien compris, t’es total réfractaire au mélange des genres et à la fusion des cultures, Pitof est visionnaire, over hype, on est dans l’ère du tout, il faut briser les moules, blablabla... Ce à quoi je réponds que le n’importe quoi n’importe comment n’a jamais accouché de la moindre nouveauté. Consternant.
StS

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