| CRITIQUES de FILMS |
Réalisateur
: Michel Gondry Premier film de Michel Gondry, première partouze cinématographique. Esprit bête et méchant, sale, crado, anal, scato, Human Nature dit des gros mots, n'est pas très soigné, n'a sûrement jamais appris les bonnes manières, ne pense qu'à ça, ne fait que ça de ne penser qu'à ça, rappelle ces plaisirs brefs et jouissifs de la première fois : de dire merde à papa et maman, de regarder sous les jupes des filles et de chier dans ses couches. Bref, il est à peu près tout ce que nous serions ou tout ce que nous rêvions d'être, c'est selon si nous n'avions pas eu de parents, un prof de maths et une vie à vivre. Puff, l'enfant sauvage retrouvé
et éduqué à coups d'électrochocs par Nathan
Bronfman et Lila Jute, a grandi dans la nature sans devenir adulte. Il est
contre-nature, mais alors tout contre, comme dirait Guitry. Puff est effectivement
un animal qui a oublié d'être un humain. Ou bien l'inverse.
Il est en tout cas le seul personnage concilié avec sa nature : le
cul. Une serveuse s'approche un peu trop près de lui et voilà
qu'il la retourne sur la table pour la culbuter sauvagement ou naturellement,
c'est la question à laquelle Nathan Bronfman, le chercheur, répond
par une décharge électrique. Décharge électrique
qui répond finalement à la décharge sexuelle de Puff.
À la pulsion de l'un répond la pulsion de l'autre. Dans une scène, Nathan présente sa nouvelle compagne à ses parents, qui viennent d'adopter un second fils. Au cours du repas, Nathan est persuadé que son nouveau frère drague ouvertement sa compagne. Personne ne le croit. Mais soudain, l'amie de Nathan quitte la table et c'est le gamin qui monte avec elle. Tout le film gravite autour de cette idée, de l'enfant et de ses pulsions, du pipi-caca (il est beaucoup question de poils), du scato, de stade anal (Puff déclare qu'avant de revenir à la civilisation, il jouait avec ses excréments), du choix immoral qu'on nous impose de faire entre Freud et le cul. Fuck humanity, écrit la romancière Lila Jute. Fuck Freud, pourrait-on ajouter. Ce que refuse Nathan Bronfman, c'est Puff, tel qu'il a grandi c'est-à-dire tel qu'il aurait pu grandir, lui, Nathan, sans une mère et un père pour lui dire avec quelle fourchette se mange la salade. On se fout, et le film aussi, finalement pas mal de savoir si Puff va devenir humain il n'a jamais cessé de l'être , on se demande davantage si Nathan ou Lila vont pouvoir redevenir sauvages. À l'éducation de Puff par Nathan répond l'éducation de Nathan par Puff là où le film oublie, enfin, d'être drôle. C'est l'enfant sauvage mais à l'envers, rembobinage automatique. Retrouver ses pulsions. Oublier les bonnes manières. Ne plus savoir parler. Ne plus savoir. Se souvenir qu'on a été des sauvages avant d'être des humains civilisés et sexuellement refoulés. Le film ne fait que ça, en commençant par le titre : essayer de (ré)concilier humain et nature. Nathan devient ainsi l'homme civilisé, l'homme à abattre, retrouvé et éduqué à coups d'électro-cock par Puff. Le film ne cherche pas bien
loin, juste le plaisir de dire fuck mais surtout de le faire. Il reprend
justement là où le Eyes Wide Shut de Kubrick se terminait
: sur le mot fuck. Après la théorie, la pratique. |