CRITIQUES de FILMS

 

No Man's Land

Réalisateur : Denis Tanovic
Acteurs : Branko Djuric, René Bitorajac, Katrin Cartlidge...
Année : 2001

Le film de Danis Tanovic a obtenu au festival de Cannes 2001 le prix du scénario. Tanovic en a écrit le scénario donc, mais également les dialogues. Il a aussi travaillé sur la musique et signe la réalisation. Originaire de Bosnie, il s’est retrouvé documentariste dans l’armée bosniaque pendant la guerre contre la Serbie. Les souvenirs de ce conflit ont inspiré le scénario de son No Man’s Land qui porte – pour la première fois au cinéma – un regard à la fois désabusé et clairvoyant sur cette drôle de guerre.

Ce no man’s land, c’est le bout de terrain entre deux lignes de front derrière lesquelles les Bosniaques et les Serbes se font la guerre en 1993. Les deux camps se surveillent l’un l’autre et se tirent dessus. Mais voilà que deux soldats se retrouvent en plein milieu du champ de bataille ; et, bien sûr, il s’agit d’un Bosniaque et d’un Serbe. Chacun voudrait bien revenir à l’arrière du front sans se faire canarder par ceux d’en face... mais l’autre est là. Et surtout, le meilleur ami de l’un a été piégé par une mine installée par l’ami de l’autre. Une mine bondissante, c’est simple : si le gars qui est dessus bouge, tout le monde saute.
L’ONU n’est pas loin avec sa FORPRONU et ses casques bleus. Un casque bleu français décide de les aider à les sortir de là, au mépris des ordres de ses supérieurs. Les médias ne sont pas loin non plus avec leurs reporters de télé. Une journaliste américaine s’en mêle, obligeant le commandement des casques bleus à s’occuper de cette situation inextricable, alors que c’est la dernière chose qu’il souhaite. Mais comme les télés américaines font des reportages en direct... faut bien faire face.

On voit alors comment un simple fait divers de guerre devient un show médiatique international. Danis Tanovic illustre ainsi son idée des Nations Unies : venues en Bosnie, elles restent neutres au lieu d’aider à sauver des vies. No Man’s Land en veut aussi aux médias, prêts, au cœur de situations graves, à créer un événement pour faire de l’audience. Live from Bosnia stay tuned : en direct de Bosnie, restez branchés... on va filmer des soldats piégés dans une tranchée.
Le Bosniaque, fusil à la main, force le Serbe à reconnaître que c’est son camp qui a commencé la guerre, avant que le Serbe n’en fasse tout autant. Illustration d’hommes plongés en pleine guerre, presque civile, un peu perdus : il leur faut se battre contre les amis d’hier.
Finalement, le fait de savoir qui a commencé importe moins que de trouver la paix. Pour autant, No Man’s Land n’oublie pas d’instiller, même dans ses messages, un zeste de cynisme et d’ironie. Et c’est en cela qu’il est remarquable.
Tofy

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